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LES CHARISMES

 

Saint Paul écrit aux Corinthiens : (1 Co 12, 7-11)

"À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier."

Les dons spirituels, ou charismes, sont des capacités surnaturelles que l’Esprit Saint donne aux croyants pour qu’ils puissent être des instruments de l’amour et de la puissance de Dieu pour leur prochain.

À partir de cette liste de saint Paul, on distingue trois sortes de charismes :

Les dons de révélation (les trois charismes de l’Esprit) : parole de sagesse, parole de connaissance, discernement des esprits

Les dons de puissance (les trois charismes dans l’action) : foi, guérisons, miracles

Les dons de parole (les trois charismes de la langue) : prophétie, langues, interprétation des langues

Cette liste n'est pas exhaustive et nous pouvons trouver dans le Nouveau testament d'autres charismes.

La constitution dogmatique Lumen Gentium rappelle l'actualité des charismes dans la vie de l'Église (§ 12) :

Mais le même Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier le Peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, à le conduire et à lui donner l’ornement des vertus, il distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres, « répartissant ses dons à son gré en chacun » (1 Co 12, 11), les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église, suivant ce qu’il est dit : « C’est toujours pour le bien commun que le don de l’Esprit se manifeste dans un homme » (1 Co 12, 7). Ces grâces, des plus éclatantes aux plus simples et aux plus largement diffusées, doivent être reçues avec action de grâce et apporter consolation, étant avant tout ajustées aux nécessités de l’Église et destinées à y répondre. Mais les dons extraordinaires ne doivent pas être témérairement recherchés ; ce n’est pas de ce côté qu’il faut espérer présomptueusement le fruit des œuvres apostoliques ; c’est à ceux qui ont la charge de l’Église de porter un jugement sur l’authenticité de ces dons et sur leur usage bien ordonné. C’est à eux qu’il convient spécialement, non pas d’éteindre l’Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon (cf. 1 Th 5, 12.19-21).

La lettre Iuvenescit Ecclesia de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur la relation entre les dons hiérarchiques et charismatiques pour la vie et la mission de l'Église (15 mai 2016) définit ainsi le charisme dans sa première partie :

Grâce et charisme

4. Le terme « charisme » est la transcription du mot grec chárisma, dont l’usage est fréquent dans les Lettres pauliniennes ; il apparaît également dans la Première Lettre de Pierre. Il signifie généralement un « don généreux » et, dans le Nouveau Testament, est utilisé uniquement en référence aux dons divins. Dans certains passages, le contexte lui confère un sens plus précis (cf. Rm 12, 6 ; 1 Co 12, 4. 31 ; 1 P 4, 10), dont la caractéristique fondamentale est la répartition différenciée des dons. C’est aussi ce sens qui prédomine dans les langues modernes pour les mots de même racine que le terme grec. Le charisme pris singulièrement n’est pas un don accordé à tous (cf. 1 Co 12, 30), à la différence des grâces fondamentales, comme la grâce sanctifiante, ou les dons de la foi, de l’espérance et de la charité, lesquels, au contraire, sont essentiels pour chaque chrétien. Les charismes sont des dons particuliers que l’Esprit distribue « comme il veut » (1 Co 12, 11). Pour rendre compte de la présence nécessaire des différents charismes dans l’Église, les deux textes les plus explicites (Rm 12, 4-8 ; 1 Co 12, 12-30) adoptent la comparaison du corps humain : « De même que nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi nous qui sommes plusieurs, nous ne faisons qu’un seul corps dans le Christ, et chacun en particulier nous sommes membres les uns des autres ; et nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée » (Rm 12, 4-6). Entre les membres d’un corps, la diversité n’est pas une anomalie à éviter, mais au contraire une nécessité bienfaisante qui rend possible l’accomplissement des diverses fonctions vitales. « Si tous étaient un seul et même membre, où serait le corps ? Il y a donc plusieurs membres et un seul corps » (1 Co 12, 19-20). Une relation étroite entre les charismes particuliers (charísmata) et la grâce (cháris) de Dieu est affirmée par Paul dans Rm 12, 6 et par Pierre dans 1 P 4, 10. Les charismes sont reconnus comme une manifestation de la « grâce multiforme de Dieu » (1 P 4, 10). Il ne s’agit donc pas de simples capacités humaines. Leur origine divine est exprimée de diverses manières : selon certains textes, ils proviennent de Dieu (cf. Rm 12, 3 ; 1 Co 12, 28 ; 2 Tm 1, 6 ; 1 P 4, 10) ; selon Ep 4, 7, ils proviennent du Christ et selon 1 Co 12, 4-11, de l’Esprit. Puisque cette dernière référence insiste sur le fait qu’ils sont dons de l’Esprit (mention en est faite sept fois), les charismes sont habituellement présentés comme une « manifestation de l’Esprit » (1 Co 12, 7). Il est clair, cependant, que cette attribution n’est pas exclusive et ne contredit pas les deux précédentes. Les dons de Dieu impliquent toujours l’ensemble du champ trinitaire, comme cela a toujours été affirmé par la théologie depuis les débuts, tant en Occident qu’en Orient.

Dons concédés “ad utilitatem” et la primauté de la charité

5. Dans 1 Co 12, 7, Paul déclare qu’à « chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité ». De nombreux traducteurs ajoutent : « pour l’utilité commune », parce que la plupart des charismes mentionnés par l’apôtre, mais pas tous, ont directement une utilité commune. Cette finalité est l’édification de tous ; et saint Basile le Grand l’a si bien comprise quand il affirme : « Et ces dons chacun les reçoit plus pour les autres que pour soi-même [...]. Dans la vie ordinaire, il est nécessaire que la force du Saint-Esprit donnée à l’un soit transmise à tous. Celui qui vit pour son propre compte, peut peut-être avoir un charisme, mais le rend inutile en le conservant inactif, car il l’a enterré à l’intérieur de lui ». Cependant, Paul n’exclut pas qu’un charisme puisse être utile uniquement à la personne qui l’a reçu. C’est le cas du parler en langues, différent à cet égard du don de prophétie. Les charismes qui ont une utilité commune, qu’ils soient des charismes de la parole (de sagesse, de connaissance, de prophétie, d’exhortation) ou d’action (de puissance, de ministère, de gouvernement), ont aussi une utilité personnelle, car leur service pour le bien commun favorise en ceux qui en sont porteurs, le progrès dans la charité. Paul fait observer à ce sujet que, s’il manque la charité, même les charismes les plus élevés ne servent pas à la personne qui les reçoit (cf. 1 Co 13, 1-3). Un passage sévère de l’évangile de Matthieu (Mt 7, 22-23) exprime la même réalité : l’exercice des charismes spectaculaires (prophéties, exorcismes, miracles) peut malheureusement coexister avec l’absence d’une relation authentique avec le Sauveur. En conséquence, Pierre, comme Paul, insiste sur la nécessité d’orienter tous les dons vers la charité. Pierre en donne une règle générale : « Que chacun mette au service des autres le don qu’il a reçu comme de bons dispensateurs de la grâce de Dieu, laquelle est variée » (1 P 4, 10). Paul se préoccupe surtout de l’utilisation des charismes dans les rassemblements de la communauté chrétienne et dit : « Que tout se passe de manière à édifier » (1 Co 14, 26).

La diversité des charismes

6. Dans certains textes, l’on trouve parfois une liste restreinte de charismes, (cf. 1 P 4, 10), en d’autres, une énumération plus détaillée (cf. 1 Co 12, 8-10. 28-30 ; Rm 12, 6-8). Parmi ceux qui sont énumérés, il y a des charismes exceptionnels (de guérison, d’œuvres de puissance, du don des langues) et ceux ordinaires (d’enseignement, de service, de charité), des ministères pour la direction de la communauté (cf. Ep 4, 11) et des charismes donnés par l’imposition des mains (cf. 1 Tm 4, 14 ; 2 Tm 1, 6). Il n’est pas toujours clair si tous ces dons sont à considérer ou non comme des « charismes » proprement dits. Les dons exceptionnels, mentionnés à plusieurs reprises dans 1 Co 12-14, n’apparaissent plus en réalité dans les textes postérieurs ; la liste de Rm 12, 6-8 présente seulement des charismes moins visibles, qui ont une constante utilité pour la vie de la communauté chrétienne. Aucune de ces listes ne prétend être complète. Ailleurs par exemple, Paul suggère que le choix du célibat pour l’amour du Christ soit compris comme le fruit d’un charisme, comme aussi l’option pour le mariage (cf. 1 Co 7, 7, dans le contexte de l’ensemble du chapitre). Ces listes sont des exemplifications qui dépendent du degré de développement auquel est parvenu l’Église de cette époque et qui sont donc susceptibles d’ajouts ultérieurs. L’Église, en effet, se développe toujours au fil du temps grâce à l’action vivifiante de l’Esprit.

Le bon exercice des charismes dans la communauté ecclésiale

7. Ces observations montrent bien que les textes scripturaires n’opposent pas les différents charismes, mais les relient harmonieusement et affirment leur complémentarité. L’antithèse entre une Église institutionnelle de type judéo-chrétien et une Église charismatique paulinienne, soutenue par certaines interprétations ecclésiologiques réductrices, n’a pas réellement de fondement dans les textes du Nouveau Testament. Loin de situer les charismes d’un côté et les réalités institutionnelles de l’autre, ou d’opposer une Église « de la charité » à une Église « d’institution », Paul rassemble dans une seule liste ceux qui sont porteurs de charismes d’autorité et d’enseignement, lesquels servent pour la vie ordinaire de la communauté et les charismes les plus sensationnels. Le même Paul décrit son ministère d’apôtre comme un « ministère de l’Esprit » (2 Co 3, 8). Il se sent investi de l’autorité (exousía), conférée à lui par le Seigneur (cf. 2 Co 10, 8 ; 13, 10), une autorité qui s’étend aussi sur ceux qui sont charismatiques. Pierre et lui donnent aux charismatiques des instructions sur la façon d’exercer les charismes. Leur attitude est d’abord celle d’un accueil favorable ; ils sont convaincus de l’origine divine des charismes ; toutefois, ils ne les considèrent pas comme des dons qui pourraient se soustraire à l’obéissance envers la hiérarchie ecclésiale ou qui auraient droit de s’exercer de manière autonome. Paul est conscient des problèmes qu’un exercice désordonné des charismes peut entraîner dans la communauté chrétienne. C’est pourquoi l’Apôtre intervient avec autorité pour établir des règles précises d’exercice des charismes « dans l’Église » (1 Co 14, 19.28), c’est-à-dire lors des réunions de la communauté (cf. 1 Co 14, 23.26). Par exemple, il limite la pratique de la glossolalie. Des règles similaires sont également données pour le don de prophétie (cf. 1 Co 14, 29-31).

Dons hiérarchiques et charismatiques

8. L’examen des textes bibliques sur les charismes révèle que le Nouveau Testament présente des affirmations de grande importance qui orientent la réflexion et la pratique ecclésiale, même s’il ne propose pas d’enseignement systématique complet. On doit également reconnaître que le terme « charisme » n’est pas employé de manière univoque ; il faut plutôt noter une variété de sens que la réflexion théologique ainsi que le Magistère aident à comprendre dans le cadre d’une vision globale du mystère de l’Église. Dans le présent document, l’accent est mis sur le binôme mis en exergue au n. 4 de la Constitution dogmatique Lumen Gentium : dons hiérarchiques et charismatiques, leurs étroites relations ainsi que leurs articulations. Ils ont la même origine et poursuivent la même finalité. Ce sont des dons de Dieu, du Saint-Esprit et du Christ, accordés pour contribuer, de différentes manières, à l’édification de l’Église. Celui qui a reçu le don de guider l’Église, a aussi pour tâche de veiller au bon exercice des autres charismes, de sorte que tout concourt au bien de l’Église et à sa mission évangélisatrice, tout en sachant que c’est le Saint-Esprit qui distribue à chacun les dons charismatiques comme il lui plaît (cf. 1 Co 12, 11). Le même Esprit donne à la hiérarchie de l’Église, la capacité de discerner les charismes authentiques, de les accueillir avec joie et gratitude, de les promouvoir avec générosité, de les accompagner et d’exercer sur elles une vigilante paternité. L’histoire elle-même témoigne des nombreuses formes d’action de l’Esprit, par laquelle, l’Église édifiée « sur le fondement des apôtres et des prophètes, dont Jésus-Christ lui-même est la pierre angulaire » (Ep 2, 20), vit sa mission dans le monde.

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